Ce travail est le résultat de ma réflexion théorique enrichie de la vision de B. Hellinger, d’expériences cliniques et de cas entrevus dans le travail des constellations systémiques.
| Guérir, c'est cicatriser. On sait que l’on est guéri, lorsque en
touchant la cicatrice, on voit qu'elle ne saigne plus, qu'elle est bien
refermée : ça ne fait plus mal ! La cicatrice reste un endroit
sensible, où les nerfs sont atrophiés, la sensibilité à fleur de peau;
mais elle ne réagit plus au toucher direct. Il ne reste plus que le
souvenir, à l'endroit de la blessure, et, nous pouvons faire le récit
du passé : ce récit peut encore nous émouvoir, mais il n'agit plus sur
le présent. |
| Travaillant sur l’inceste avec mes clients, je vois souvent que la crise du dévoilement passée, la vie reprend son cours. Cependant, il existe un niveau plus profond qui a du mal à guérir. La véritable guérison arrive lorsque l’enfant peut retrouver le lien blessé avec ses parents. Alors s’installe la paix du cœur, et, parfois, la paix des familles. |
| Les Constellations m’ont permis d’atteindre ce niveau, et de comprendre, comme je le pressentais, qu’intégrer l’histoire de l’enfant abusé à celle de ses parents, de ses grands-parents apporte du sens, mais qu’en plus, l’abus est le symptôme d’un appel vibrant d’espoir vers la guérison, non seulement du système familial actuel, mais aussi des générations précédentes. |
L’Inceste (de incestus : non chaste, non coupé) représente « toute forme d’abus d’un enfant par n’importe quel adulte ayant un rôle parental dans le contexte familial » (Furniss, 1984) ; ou encore « de rapports sexuels entre consanguins » (Wolters, 1985). Traditionnellement, le terme inceste concerne des relations sexuelles père-fille, mais s’étend également à d’autres types de relations dans la sphère familiale (grand-père-petite-fille, oncle-nièce, etc.)
Dans le traitement par les Constellations, l’inceste père-fille nous sert de modèle car le processus à l’œuvre et les dynamiques inconscientes semblent être les mêmes que dans les autres types d’abus sexuels, bien que chaque cas est spécifique, ce qui est confirmé également par les études psychologiques .
Beaucoup d’études s’attachent à l’impact des abus sur l’enfant, et, plus tard la personne adulte. B. Hellinger lui–même a fait le lien entre certains symptômes actuels, comme la boulimie, l’anorexie, le suicide… et un inceste rapporté dans les générations précédentes.
Certaines études signalent l’importance des répétitions transgénérationnelles :
A. Ancelin Schützenberger, met en rapport certains syndromes avec des incestes anciens et signale aussi que, bien que tabou, l’inceste semble avoir été un évènement particulièrement courant dans les siècles passés , même si le tabou existe de façon universelle, ce que démontre brillamment l’anthropologue et théoricien Levi Strauss, dans son livre : la pensée sauvage. Dans notre pratique clinique, nous pouvons voir qu’un inceste en cache souvent un autre. Cependant, peu d’études ont fait le lien entre un inceste actuel et des évènements plus anciens, arrivés lors de générations précédentes. Nous pouvons aujourd’hui, dans notre travail avec les Constellations investiguer et confirmer ce lien.
Dynamique de l’inceste :
Il existe différents cas de figure de dynamique inconsciente. B. Hellinger souligne que généralement, « dans l’inceste, l’enfant est toujours relié à l’auteur, dans un lien d’amour. Mais, il ne lui est pas permis de le montrer. Habituellement, il y a deux auteurs : l’un ouvertement, le père; et le deuxième, de façon cachée, la mère. Celle-ci a habituellement interrompu la relation avec son mari, et la fille (parfois le fils) se substitue à elle. C’est la dynamique secrète en jeu dans l’inceste. »
Il dit aussi :
« D’une manière générale, les deux parents sont presque toujours impliqués dans l’inceste, la mère à l’arrière plan, le père de façon évidente. De même, dit-il, il faut, toujours considérer l’inceste dans son ensemble, observer le contexte plus large que constitue le système familial (principe de toute thérapie systémique).
Il insiste :
« Il ne peut y avoir d’inceste que si les parents collaborent, et, pour guérir, l’enfant doit admettre que les deux parents sont responsables ».
Dynamique particulière :
B. Hellinger explique : « l’acte incestueux peut être la conséquence d’un déséquilibre entre prendre et donner » ; il donne l’exemple d’un déficit sexuel : dans un nouveau couple, la femme a déjà un premier enfant, son mari n’en a pas, il veut donner à l’enfant plus que ce que lui, peut recevoir ; dans ce cas, dit B. Hellinger, « la différence entre donner et prendre s’accentue. Le système est alors dominé par un besoin irrésistible de rétablissement de l’équilibre…. Le mode de compensation choisi par la mère peut être de pousser l’enfant vers son mari ». Dans ce cas, l’inceste constitue une tentative de rétablissement de l’équilibre bancal.
Les attitudes et les phrases qui guérissent :
Les différentes étapes du traitement d’un inceste sont reprises du livre de B. Hellinger et complétées par nos observations au cours de la formation avec Alfred R Austermann .
Pour le thérapeute, il s’agit de résoudre la situation pour que cesse l’inceste et d’aider la victime, principalement, voir de quoi il a besoin pour retrouver la paix. En Constellations, la voie choisie est assez classique : elle permet de rétablir l’ordre transgénérationnel et la hiérarchie dans la famille, mais est cependant très nouvelle : elle insiste sur la part que porte l’enfant dans le processus, le considérant comme une personne à part entière faisant partie du système plus large dans lequel, l’abuseur et lui sont intriqués, chacun à sa façon.
Nous travaillons en Constellations avec des victimes, à divers niveaux, sans idées prédéterminées, en prenant « ce qui vient », selon la formule consacrée, et en nous laissant guider par ce qui se dégage du champ pendant la constellation. Nous sommes attentifs à l’enfant, aux parents, et devons parfois démêler leurs intrications respectives, y compris celles de l’abuseur. Il n’y a donc pas seulement traitement de la victime individuelle, mais souvent soulagement de tout le système familial. Nous sommes parfois surpris de constater que l’intrication de l’enfant ne vient pas toujours de celles de l’abuseur (classiquement le père, le beau-père), mais parfois de l’autre lignée (la mère), parfois d’évènements extérieurs à la famille.
Première étape : le soulignement de la responsabilité du parent et de la part active de l’enfant dans le processus.
Bien que le parent soit toujours responsable dans le cas d’abus sur l’enfant, celui-ci a une part de responsabilité qui doit être honorée et comprise. B. Hellinger propose de chercher d’où vient le mouvement d’amour. Nous observons souvent que l’enfant a participé bien inconsciemment à l’abus « pour prendre une part de la responsabilité » qui appartient au parent, pour porter quelque chose de lui, parfois pour le soulager de quelque chose. « C’est l’amour de l’enfant pour ses parents qui s’exprime. »
Exemple : B. Hellinger demande à la cliente de se représenter face à sa mère et lui dire « je l’ai fait volontiers pour toi… de même, elle doit se représenter son père et lui dire « papa, je l’ai fait volontiers pour maman ». « La dynamique secrète devient alors apparente, et il devient impossible à l’ensemble des protagonistes de poursuivre dans la même voie. »
Dans le travail de Constellations d’une petite-fille incestée par son grand-père maternel , R. Austermann a d’abord placé la représentante de la fille devant la grand-mère maternelle ; mais aucune énergie ne semble émerger de ce champ.
Dans un second temps, R. Austermann fait placer les ancêtres de la grand-mère derrière celle-ci : la représentante de la fille se sent immédiatement attirée vers une représentante féminine (victime ?) de cette lignée ; un grand amour se dégage de ces deux personnes constellées. R. Austerman demande alors à la représentante de la petite fille de dire « je l’ai fait pour vous ». Immédiatement, la tension éprouvée par toutes les personnes dans le champ, y compris le représentant du grand-père incestueux, tombe d’elle-même.
Pour moi, ce fait confirme la théorie systémique, selon laquelle l’acte sexuel incestueux n’est pas un acte isolé, mais qu’il s’inscrit dans la continuité de répétitions transgénérationnelles. Dans le travail de constellations, nous pouvons observer que l’enfant porte sur lui, le poids d’un évènement vécu lors des générations précédentes, peut être le poids d’un inceste, mais peut-être aussi le poids de tout autre chose : enfant mort, deuil d’une relation, exclusion d’un membre du système ? Tous évènements qui « anesthésient » la mère, qui devient alors indisponible pour son enfant et « permet » alors l’inceste, ce que nous nommions tout alors « collaboration ».
Dans le cas d’un inceste actuel, où B. Hellinger reçoit toute la famille, il fait dire à la mère : « l’enfant l’a fait pour maman » et à l’enfant à son père : « je l’ai fait pour maman, en compensation ». L’utilité de telles paroles, est que l’enfant retrouve alors l’estime de soi-même. En reprenant l’accord inconscient qu’il avait donné pour essayer de résoudre le problème de ses parents, il ne se sent plus coupable, il rend la responsabilité aux parents. En reconnaissant aussi l’amour qui l’a guidé, l’enfant acquiert aussi la conviction de son entière innocence, c’est un grand soulagement.
Deuxième et troisième étape : aider l’enfant (et les parents) à retrouver une forme de dignité et se libérer de la honte.
Lorsque l’expérience (sexuelle) a été plaisante, par exemple, lorsque la fille a eu du plaisir, mais qu’elle n’ose pas se fier à ses sensations, inspirée par la société qui lui dit que c’est mal, elle est désorientée. Il faut alors que la fillette puisse reconnaître que, même si cela lui a plu, elle est innocente. Car « une enfant se comporte en enfant, elle est curieuse, l’expérience la tente ; mais elle n’en reste pas moins innocente. La diabolisation du plaisir fait apparaître la sexualité dans une lumière suspecte ; mais en définitive, il s’agit d’un évènement naturel, mais prématuré. »
En lui expliquant par ces mots, elle peut se libérer d’une culpabilité qui ne lui appartient pas.
Une autre façon de faire, expérimentée par R. Austermann et dans le groupe de travail thérapeutique a été de placer l’enfant devant son père (représenté) et de lui faire dire, en s’inclinant profondément : « je te laisse ta honte, elle t’appartient » et « je ne suis que le (a) petit (e) » ou encore « je laisse la responsabilité de ton acte auprès de toi ». De cette façon, l’enfant comprend qu’il est vraiment l’enfant, dans cette histoire, et l’ordre fondamental, pour B. Hellinger la base et la direction de tout travail thérapeutique avec les familles, est rétabli.
De même, si l’enfant a subi l’outrage avec souffrance, il doit pouvoir dire à l’abuseur : « tu mas fait du mal, je ne te pardonnerai jamais » sans colère, car la colère lierait d’avantage au coupable.
Une autre étape du traitement : le rétablissement du juste lien d’amour entre l’enfant et son parent incestueux.
Comme dans d’autres constellations où l’enfant est « parentifié » , on peut constater dans un autre cas , que, après avoir rendu la honte à son père (représenté), la cliente continue à avoir une attitude non verbale séductrice, légèrement hautaine, vis-à-vis de son père, une attitude de « grande » . Dans ce cas, l’intervention du constellateur est alors de souligner ce qu’il constate, et d’inviter la cliente à trouver l’image d’une attitude juste, qu’elle peut expérimenter avec le représentant du père constellé. Il va jusqu’à lui demander de se prosterner physiquement au pied de son père, tant que la fierté, et l’orgueil anime cette relation envers son père. La cliente se permet alors d’accéder à une relation plus juste, une relation où « l’amour peut couler à nouveau », et, nous ajoutons, où il n’est plus perverti .
Différents thèmes apparaissent dans les abus :
Dans plusieurs constellations, nous trouvons le thème de l’amour de remplacement :
Dans l’inceste, l’enfant a remplacé le premier amour du père (du grand-père), non suffisamment reconnu et honoré ; le père recherche inconsciemment auprès de sa fille (sa petite fille) cet amour de jeunesse. Dans ce thème, la femme actuelle du père (du grand-père) ne peut trouver place, celle–ci étant occupée par ce premier amour auquel il n’a pas renoncé. Il s’agit alors de mettre l’enfant devant le premier amour représenté, pour qu’il le reconnaisse, et de lui faire dire « je t’ai représenté » et ensuite de lui rendre sa vraie place (au devant de ses parents).
Un autre thème apparaît dans les constellations d’abus : le pouvoir que l’enfant prend sur son parent : il semble que l’enfant soit responsable, à un certain niveau, de la séduction et du jeu de pouvoir exercé sur son parent. Il s’agit alors, pour le thérapeute d’aider la victime à en prendre conscience et à trouver une attitude plus juste.
La phrase symbolique aidante est de reconnaître devant l’agresseur : « je reconnais avoir abusé de mes forces féminines avec toi, d’avoir abusé de mon pouvoir.
Et « je ne suis que ta fille (ta petite fille) ». La constellation est terminée lorsque l’enfant peut à nouveau prendre son parent comme parent, et non l’inverse. Ainsi, l’ordre et la hiérarchie dans les relations sont respectés.
Parfois, la situation dans la constellation ne bouge pas, le constellateur a l’impression d’un blocage inhérent au système familial. Dans ce cas, il peut être intéressant d’introduire un représentant se la Loi. Certains constellateurs l’introduisent d’emblée au milieu de la constellation.
Quatrième étape: Le lien entre l’enfant et le coupable doit être dénoué :
B. Hellinger explique que « l’acte sexuel crée un lien entre l’enfant et le coupable ». Lien qu’il faut considérer comme le premier (dans la hiérarchie des relations). L’enfant ne peut par la suite trouver un partenaire que s’il a de la considération et du respect pour cette première relation, ce qui demande de ne pas diaboliser l’expérience ; en revanche, si l’expérience et le lien peuvent être reconnus, l’enfant peut les intégrer dans sa nouvelle histoire, et, paradoxalement, se dénouer du coupable.
Une dernière attitude, qui appartient au constellateur est, pendant le travail avec la famille de « mettre l’accusé dans son cœur »; à savoir, de donner une place au coupable, de considérer celui-ci comme prisonnier de ce système. Dans notre pratique, nous avons pu constater combien ceci est important, en particulier pour les victimes : considérer que l’accusé est lui-même intriqué dans son propre système permet à chacun dans la famille de retrouver une place équitable et juste. Nous avons pu observer dans certains cas combien la victime avait été elle-même tellement sensible à le détresse profonde de l’abuseur, et que, dans une part tout-à-fait profonde d’elle-même, elle considérait que « c’est aussi pour lui qu’elle l’a fait ». Cet aspect nous permet de rendre plus compréhensible l’attitude des nombreuses victimes qui ne veulent pas engager de poursuites judiciaires à l’encontre de leur abuseur, signifiant que cela ne leur apporterait pas grand-chose de plus.
D’autre part, « punir le coupable n’est pas une solution pour l’enfant », car elle ne tient pas compte du lien systémique qui dit qu’un système est détruit lorsqu’un des membres est exclu ou rejeté. Une bonne solution exige que la totalité du système soit respecté, que l’exclu réintègre le système, avec la reconnaissance personnelle de chacune des responsabilités. Cela comprend également le travail avec l’abuseur pour rétablir l’ordre dans le système . De même, pour B. Hellinger, il n’y a pas de « pardon possible de la victime à l’abuseur » : « pardonner serait présomptueux ; cela signifie prendre la faute sur soi ; aucun être humain n’est en mesure de pardonner, sauf s’il s’agit d’un tort réciproque ». Je retrouve cette notion chez Tim Guénard cet ancien enfant violenté par son père, lorsqu’il dit : « le cœur peut donner un pardon que la bouche doit parfois retenir ».
Ce que l’enfant peut dire, c’est « c’était mal, et je te laisse porter les conséquences de tes actes ; je ferai, malgré tout quelque chose de bien de ma vie ». De cette façon, plus tard si la victime parvient à construire une relation de couple heureuse, même le coupable en éprouvera un soulagement.
Importance pour l’abuseur de retrouver sa dignité :
B. Hellinger suggère de prendre l’abuseur en séances individuelles, de chercher avec lui comment aider la victime à se libérer de l’événement ; on obtient alors souvent sa collaboration. Qu’il dise à l’enfant : « je suis désolé de ce que je t’ai fait subir ». Mais attention, le parent ne doit pas se mettre en dessous de l’enfant, ce serait un abus de plus, vécu par l’enfant comme une charge supplémentaire, et renforcerait le lien existant. Même coupables, les parents restent les parents. Des parents humiliés sont des parents perdus pour leurs enfants, et, dans ce cas, l’enfant, même victime, reste loyal et attaché au coupable. Le thérapeute doit être attentif à ces liens invisibles, qui risquent de se perpétrer, en cas de mauvaise résolution de la crise.
Première illustration :
Ayant donné une formation sur l’abus sexuel intrafamilial dans une institution s’occupant d’enfant placés, je suis appelée pour une supervision. Un enfant, une fillette de 9 ans, dont le père est en prison pour avoir abusé d’elle, pose des problèmes à l’équipe : elle séduit les enfants plus jeunes, ne cesse de parler de sexualité, et, devant les remarques atterrées des éducateurs, justifie ses actes en les provoquant ostensiblement.
On a interdit à la fillette des visites avec son père, et je demande, avec le nouvel éclairage des Constellations, comment celle-ci vit cet éloignement. Nous tombons d’accord, avec l’équipe, que l’enfant reprend à son compte les comportements (sexuels) du père pour nous dire quelque chose comme : « c’est comme cela que mon père m’aime et reste présent dans mon cœur ! ». En reprenant à son compte les comportements sexuels, elle nous dit combien son père lui manque, et qu’elle aussi, peut-être, est prête à aller en prison (le rejoindre) par fidélité.
Dans cette perspective, je suggère à l’éducateur de l’enfant, de « prendre la place du père », et de dire, comment il voit sa fille placée en institution, quelles sont ses pensées à propos des juges, des éducateurs, et de son épouse complice. Il nous semble à tous, que le père n’a que de bonnes intentions à propos de son enfant, qu’il regrette ce qu’il a fait, mais qu’il est tellement en colère contre les institutions, qu’il n’a qu’une pensée : sortir de prison et enlever ses enfants.
Devant cette réalité, les éducateurs décident, au lieu d’exclure ce père, de lui donner une place importante, et de l’intégrer le plus possible dans le projet d’éducation de la fillette. Nous avons pu voir un soulagement de l’éducateur représentant du père, et , ensuite, quand il reprend son rôle d’éducateur, son enthousiasme réel à vouloir travailler avec le père alors que tout semblait bloqué quelques instants auparavant.
Après cette réunion, l’équipe parait soulagée, et me remercie, car, « au fond », disent-ils, « quand ils interrogeaient leur conscience », ils se disaient que c’était bien comme cela qu’ils avaient envie de travailler.
Dans cette institution, 80 % des enfants placés l’étaient pour des problèmes d’abus sexuels ou de maltraitance grave par des parents qui sont eux-mêmes des exclus de la société…
Deuxième illustration :
Le cas de Y. illustre l’importance de la dynamique inconsciente de l’inceste dans une famille, où le problème remonte à la génération précédente.
Y. est une femme de quarante ans. Elle me consulte, car depuis quelques semaines elle réalise, par des flash-backs-visuels de scènes sexuelles avec son père (décédé) qu’elle aurait été abusée de l’âge de 5 à 10 ans. Elle souffre aussi de fatigue chronique, de maux de dos qui l’empêchent de vivre une vie épanouie.
Lors de son traitement, nous avons l’occasion de nous rendre compte que son oncle, le frère de sa mère, est mort jeune, brutalement touché dans le dos par un obus pendant la guerre 40/45, dans un bombardement de la ville d’Allemagne où il est soldat. La cliente a pu mettre ce fait en relation directe avec son mal de dos réfractaire à tout traitement. Il s’avère, dans la constellation individuelle que je mène avec elle, quand la cliente représente son oncle, que celui-ci, vu la rapidité de l’impact, n’a pas « su qu’il était mort », et que son décès en tant que soldat de la guerre n’a pas été honoré. Ayant travaillé sur ce thème, la cliente retrouve toute son énergie dans les mois qui suivent, y compris l’énergie sexuelle mise en veilleuse avec son mari, et est débarrassée de son mal de dos.
Dans ce cas, nous pouvons relever la dynamique suivante et mettre du sens : la mère n’a pas été disponible psychiquement pour sa fille. L’énergie est restée bloquée autour de l’évènement dramatique du frère tué; la mère n’est pas disponible non plus pour son mari, et, comme dans les cas raconté par B. Hellinger, la fillette, par amour pour ses parents, a remplacé sa mère auprès de son mari.
Après seulement deux constellations, la cliente a pu dire à sa mère ce qui s’est passé pour elle, et la mère a pu l’entendre. Toutes les deux se sont rendues sur la tombe du père, où, en acte symbolique, la cliente a déposé la responsabilité au pied de ses deux parents, simplement, en en parlant. Ceci lui a permis d’aller vers la paix et le bien être dans sa vie. Je tire deux conclusions :
- Dans ce cas, les signes physiques et psychiques sont un appel vers la guérison.
- Ce cas illustre comment le traitement d’une cliente peut faire du bien à tout son système.
Conclusion générale.
L’inceste est par définition le résultat d’un lien non coupé avec les générations précédentes. Qu’il s’agisse d’un lien avec le père, la mère, perturbé, il résulte d’une intrication inconsciente de l’enfant (victime) avec des éléments d’un système entier (personne ou évènement) .
Le traitement passe par une vision claire et entière du système et des interventions centrées sur les sentiments de l’enfant : reconnaissance de la responsabilité du père, de la mère, mais aussi de l’amour de l’enfant.
La guérison passe par la remise en ORDRE du système et la reconnaissance de l’ « AMOUR qui coule ». Ainsi l’enfant peut retrouver la paix, et par lui, tout son système !
psychologue, psychothérapeute
certifiée en CSF
www.cofasy.be